Retour vers le futur

Posted on juin 29, 2010

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Bien le bonjour cher lecteur,

C’est-y la grande forme ?

Me revoilà, Nikobo Koubo, le retronaute prospecteur.

Aujourd’hui, je vais te parler de noosphère, de clichés et de prophète.

Il fait très chaud en ce moment à Marseille La Putride. Et c’est un euphémisme d’une rare intensité qui devrait à lui seul élever de plusieurs degrés la moyenne mondiale de la température conventionnellement établie comme correspondant à l’adjectif « chaud » pour être annulé. Impossible donc d’utiliser une quelconque technologie nécessitant un refroidissement de ses composants sans risquer la combustion spontanée de mon appartement (et surement de la moitié de la ville par la même occasion). Ainsi me suis-je tourné (plutôt : trainé), suffoquant et transpirant, vers des activités plus archaïques.

J’ai réussi, ce weekend, à finir un bouquin que j’avais de coté depuis maintenant très longtemps. Bien trop longtemps… Mais comme j’ai l’insolente tendance de passer d’un genre à un autre sans aucune cohérence particulière, j’avais un peu décroché de son univers – pourtant si primordial. En effet, je parle d’un genre de littérature bien particulier, qui représente pour moi le mécha-berceau rouillé pleins de courts-circuits et de blips de mon imaginaire : le cyberpunk.

La coïncidence fait que le genre a émergé à peu près au moment où je découvrais mes premiers pixels (qui coïncide avec mon premier mot :  « SYNTAXERROR»).

J’ai découvert la littérature du genre sur le tard, mais j’ai toujours évolué avec le fantasme de la technologie informatique et électronique comme territoire inexploré, à l’esprit underground et libertaire, propre à la philosophie du cyberpunk.

J’étais, disons, sensibilisé aux enjeux de ce style de S.F.

Je l’ai abordé par le manga (Gunnm en particulier) puis le cinéma (Blade Runner forever). Ce n’est que quelques années plus tard, avec la découverte d’internet (aux alentours de la fin du XXème siècle) que je me suis penché sur la genèse de ces œuvres.

Je n’avais abordé la Science Fiction que par son flan le plus classique, Asimov, Huxley, Clarke… (un autre m’avait séduit cependant, le genre ‘Philip K. Dick’, un peu à part…) La découverte de William Gibson fut une révélation plutôt tranquille. Comme une pièce de puzzle qui viendrait idéalement compléter l’illustration de cet univers, permettant enfin d’y voir un ensemble logique.

Dés 1984, avec ‘Neuromancer’, Gibson avait formulé la majorité des espoirs, des craintes et des nouveaux concepts qui allaient naître et mourir de l’évolution des technologies de la communication et de l’information.

Je viens de finir ‘Count Zero’ (1986), la suite du cycle entamé avec ‘Neuromancer’ se concluant avec ‘Mona Lisa Overdrive’, ouvert hier soir.

Enormément de scènes, d’idées, m’ont paru bizarrement réchauffées ou familières. En effet, on touche avec ce livre à ce qui sert – et je m’en aperçois maintenant de manière évidente – de base littérale à tout un édifice de culture cyber, dévié depuis en de multiples branches, mais partageant toutes les mêmes préoccupations, citant les mêmes origines, invoquant les mêmes dieux et démons révélés originellement par Gibson.

Le simple exemple de la visite d’une station spatiale abandonnée, squattée par des hackers renégats devenus gâteux mystiques « parlant aux Dieux du Réseau (appelé ‘Matrice’, tiens donc…) » fait écho à tant d’images, vues, lues, revues dans la BD, le cinéma ou la littérature que j’avais l’impression de me balader dans une galerie de clichés. Ces clichés qui n’en étaient pas encore ne sont en réalité que les ébauches de ce qui allait devenir le vocabulaire du cyberpunk.

Je découvre mes racines dans ce bouquin. Les racines de mes fascinations, de mes délires utopiques connectés, de ce qui nourrit en toile de fond mon imaginaire depuis que j’ai vu ce petit rectangle de 160×200 pixels changer de couleur par la simple injonction d’une ligne de code entrée par moi en cet été 1987.

(à conseiller : ‘Pattern Recognition’, du même auteur, d’un autre cycle, plus récent et tout aussi brillant)

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