La Nature du Challenge

Posted on décembre 8, 2009

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« De toute façon, j’aime pas les FPS/RPG/Survival Horror/genre de votre choix. »

Comment expliquer cette affirmation rédhibitoire, comme un panneau DEAD END devant un précipice coupant la route vers tous les paysages qui composent un Genre, là-bas, à l’horizon de nos goûts ?

Certains répondent simplement que parfois, le chemin qui y mène est trop rude, semé d’embuches qui au final découragent : on se dit que le jeu n’en vaut surement pas la peine, à priori. Alors on rebrousse chemin et on retourne chez soit, au chaud.

D’autres tentent l’aventure et se perdent en route, lassés ou dégoutés par les traditions étrangères, égarés dans un brouillard d’incompréhension, meurtris par les intempéries exotiques de régions qu’ils ne connaissent pas, rebutés par une adversité qu’ils comprennent mal.

quel est le fuck affichage tête haute ?

Enfin, certains courageux traversent les marécages des préjugés et entrent sur des terres inconnues, aux aguets, ouverts et attentifs à chaque nouveauté, prêts à en découdre, pour la gloire, pour eux-mêmes, pour le Savoir.

Cette démarche est un combat contre le confort, contre la stabilité, contre la sédentarisation intellectuelle. C’est une forme de challenge personnel, de nomadisme culturel qui est un des moteurs d’évolution fondamentaux de la culture en général et de la personne en particulier. Elle existe en contraste avec l’autre démarche qui caractérise, comme les deux cotés d’une même pièce, une autre catégorie de joueur, réactionnaires et plus enclin à exploiter jusqu’à la moelle la plus infime parcelle de gameplay identifiée avant de passer à une autre, éventuellement, si cela ne remet pas en cause leurs acquis passés.

Dans ces pays ultra-nationalistes de joueurs réacs et surdoués, aux frontières bien délimitées et gardées par des hordes de fanboys hystériques et de miradors 2.0, se dressent d’étincelants monuments de Jeu Vidéo. Ainsi, le building « Megaman » et ses étages 1, 2, 3, X, Z, ZX, 9… élevant à partir de mêmes bases un édifice de gameplay de plus en plus riche mais de moins en moins accessible, le gigantesque colisée « Street Fighter » et la clameur qui s’élève de ses arènes depuis plus de 15 ans, j’en passe et des moins bons…

En ces temps de remise en question du jeu-vidéo, que cela soit par l’angle casual en passant par le pro-gaming, la polémique sans fin sur le statut d’Art, la dématérialisation des supports, etc… ces grandes « nations » sont ébranlées par de nouveaux concepts, de nouvelles idées, qui viennent lentement mais surement corroder la toute puissance de leurs institutions séculaires.

Et les joueurs tremblent. Ils flippent même grave à l’idée de perdre leur statut de Gamers (prononcer gaïmeurze), s’enfonçant de plus en plus dans un protectionnisme rétrograde (pléonasme) qui encourage les suites de suites et la consanguinité des idées.

Si seulement il leur venait le courage de s’ouvrir aux potentiels de ce qu’ils ne connaissent pas…Mais non, heureux dans leur monde en vase clôt, ils végètent et tirent l’industrie par le bas (instinct).

Observons de plus près ce peuple étrange : le Gamer déploie des trésors d’ingéniosité pour masteriser un gameplay, s’épuise des heures les yeux et les neurones dans l’unique but de pouvoir afficher à sa communauté « qu’il l’a fait », et qu’il n’est pas n’importe qui, par conséquent. Il boucle et reboucle le même jeu, inlassablement, se conditionne les réflexes pour mieux briller, dans le style et la performance. Dés qu’une suite arrive, c’est le messie. Mais le changement n’est pas le bienvenu : l’amélioration des bases, l’optimisation toujours plus poussée de la structure originelle sont les seules réelles attentes.

Masteriser un gameplay.

Certes, vu comme ça, on pourrait s’effrayer de telles pratiques, stériles et glauques, réduisant des êtres humains pourtant aptes aux joies de la Vie dans toutes leurs exubérances, à l’état de machine à performances autistiques…

Mais, ils sont utiles, comme des rats de laboratoires passant leurs existences à tester et éprouver différentes recettes, ils permettent de concevoir des produits relativement équilibrés et accessibles pour les humains. Et même pas besoin de les obliger à rester dans leur cage, ils se forgent eux-mêmes les barreaux.

« De toute façon, j’aime pas les FPS/RPG/Survival Horror/genre de votre choix. »

Qu’on ne vienne pas me contrer avec l’argument du « Challenge » tout puissant. Oui, le Challenge est concrètement ce qui fait le jeu. L’envie d’allumer sa console est liée à un désir de confrontation, de défis, offerts par le jeu et son Challenge. Mais quel est le Challenge le plus sain ?

Celui qui nous confronte à nos tabous moraux, nos angoisses , nos désirs ou nos préjugés ou celui qui nous confronte à un compteur de score ?

Celui qui nous met en compétition avec un système nous réduisant à l’état de singe savant reproduisant des séquences consciencieusement mémorisées en nous donnant une petite friandise en cas de succès ou une petite tape sur l’oreille en cas d’échec ou celui qui nous met face à nous-mêmes, à ce que nous jugeons, pouvons et pensons devoir faire d’un système suivant notre sensibilité ?

Ainsi, en ces temps troubles où on ne sait plus vraiment où se situer dans notre pratique du jeu, et en écho avec le merveilleux débat populiste qui remue la merde dans notre beau pays de fachos mous, je propose de lancer un débat sur l’identité du Gamer. Et toi, quel joueur es-tu ? (et dénonce ton voisin addict à Modern Warfare 2)

Moi, en tout cas, je peux pas piffrer les jeux de sports.

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