Archive pour la Catégorie Jeux Video

L’histoire du Petit Roi

Posted in Jeux Video on septembre 2, 2009 by nikobo

A la mémoire de Kimakari, Liza et de leur petit Enéo.


« Le chef est celui qui prend tout en charge.

Il dit : “J’ai été battu”. Il ne dit pas : “Mes soldats ont été battus”. »

Antoine de Saint-Exupéry


Le fracas des plaques d’armures faisait frémir la prairie. La colonne des valeureux guerriers chantant la gloire de leur patrie avançait à bon rythme, les encouragements sincères de leurs familles, pleines de fierté et d’espoir, résonnant encore à leurs oreilles. Les chiens couraient derrière, jappant d’inquiétude face à cette agitation inhabituelle.

little-king-s-story-wii-093

C’était une belle journée pour faire la guerre. J’avais pris la décision de lancer une offensive d’envergure ce matin là. Nos ennemis menaçaient depuis trop longtemps la quiétude du Royaume, à la lisière de nos terres, corrompant des régions à leurs obscurs desseins. Aucun repos n’était possible sous la menace constante de ces puissances démoniaques rôdant à nos portes. Le bucheron moustachu et la gironde fermière vivaient constamment sous le couperet d’un conflit inévitable. La beauté de notre pays cachait l’angoisse sourde qui se répandait dans le cœur des habitants…des cauchemars de sacs et de pillages…Mon conseiller militaire était formel et sa fougue ne le rendait que plus convaincant : nous étions condamnés à nous battre.

C’est ainsi qu’en ce jour ensoleillé, je réunis mes armées et lançait la plus grande campagne militaire que notre petite nation ait connu. Je me souviens avec émotion de ces visages tournés vers moi, emplis d’une foi sereine, d’une confiance absolue en mes desseins. Je n’oublierai jamais cette liesse quand je les encourageais à se rendre chez le fleuriste pour parer leurs uniformes de couleurs et d‘odeurs printanières. Nous nous battions pour la vie, pour le futur de leurs enfants, ce symbole réchauffait le cœur des jeunes recrues et gonflait la poitrine des vétérans d’une fierté légitime.

« Enéo deviendra un grand archer, comme sa mère. » Me confia Kimakari, un de mes plus valeureux soldats. Marié depuis la veille à Liza, chasseuse émérite douée d’un sens inné de la balistique et d’une chevelure d’or éblouissante, son regard grave semblait malgré tout soucieux derrière sa visière d’acier. Non sans émotion, je lui confiais une arme unique, comme gage de ma confiance en sa valeur.

Les premières heures de l’offensive n’apportèrent rien de tragique. Les soldats étaient entrainés, motivés et joyeux, rien ne semblait pouvoir les arrêter. Pourfendre les démons et créatures sauvages qui peuplaient les vallées alentours échauffait leurs esprits d’une saine rage de vaincre. Je gardais mon sang-froid à quelque distance de la mêlée, conscient que la situation pouvait basculer d’un moment à l’autre.

little-king-s-story-wii-094

C’est en arrivant dans le défilé, où soufflait l’haleine putride d’un pays dévasté par le Mal, que les premiers troubles nous ralentirent. De lâches diablotins nous avaient repéré malgré notre vigilance, et, juchés sur les hauteurs, inaccessibles à nos épées et à nos flèches, nous jetaient des roches cruelles. Comme Roland à Roncevaux nous étions piégés par un terrain défavorable et des ennemis sans honneur. Les cris de douleurs et de frustrations des soldats se mêlèrent bientôt à mes ordres, que je dispersais frénétiquement, cherchant une échappatoire à cette désespérante situation. C’est ainsi, au prix de sales blessures et d’une impitoyable percée dans le canyon hostile, que nous sommes entrés dans l’enfer de la bataille.

La suite n’est que hurlements et fureurs. Mes souvenirs se brouillent à l’évocation de ces événements. Je revois des hordes de démons, les cornes souillées du sang de mes hommes, déroulant leurs entrailles sur le sol d’un désert de terres mortes et de cendres. Était-ce réel ou mon esprit avait déjà cédé ? J’entends leurs cris, leurs supplications. Je me revois hurlant des ordres, désespérés et furieux, en proie à une fièvre sanguinaire, poussant mes braves vers la mort. Je revois leurs yeux pleins de terreurs et de larmes, leur regard pourtant confiant envers moi, plein d’une foi en leur Roi que même l’approche de la mort n’aura su leur enlever. Et moi, leur Roi, vociférant, insultant les mutilés, renvoyant rageusement les fuyards au charnier, en proie à un désespoir écarlate, un voile de feu me bouchant la vue, je les ai tous vu se faire massacrer. Jusqu’au dernier. Tous.

little-king-s-story-wii-101

Quand à la nuit je revins au Royaume, hagard et seul, au prix d’une course effrénée pour sauver ma pitoyable peau, rien ni personne ne m’accueillit. Les villageois étaient en leurs chaumières, adressant des prières à leurs parents au combat. Comme un fantôme, je me dirigeais sans bruit vers la salle du trône où, pensais-je innocemment, je pourrais retrouver la Force de mon rang et le repos de mon âme.

Howser, mon conseiller militaire avec qui j’avais dressé les plans de l’assaut, m’accueillit comme si de rien n’était, dressant le bilan de la journée – négatif cela va de soit – mais m’encourageant de manière pragmatique à poursuivre mes efforts.

Sous ce sourcil épais étincelait le regard d’un fou. Je compris alors toute l’ampleur de mon erreur.

Le lendemain, sur la plage, la marée charriât quelques corps où perçait encore miraculeusement un souffle de vie. Des soldats de l’assaut de la veille étaient revenus de la mort ! Mais leurs souvenirs éteints et leurs regards purs et toujours dévoués furent pour moi encore plus cruels que les reproches ou la haine.

little-kings-story-cow-screenshot

[The Last Guardian] Trico de peau

Posted in Graphisme, Jeux Video on juin 12, 2009 by nikobo

LG

La fournée de screenshots HiRes de The Last Guardian faisant suite à l’E3 est riche en informations sur le projet prometteur de l’illustre Team Ico. Au delà de l’incontournable patte graphique, toujours aussi singulière et maitrisée (cependant, la surprise est passée), on remarque encore une fois la résurgence des thèmes chers aux productions de l’équipe. Un communiqué faisait même part de la volonté de mixer les idées de gameplay d‘Ico & Shadow of the Colossus dans une même œuvre synthétique.

Pourquoi pas ? J’avoue ne pas être emballé plus que ça par ce choix que je trouve un peu frileux. Cependant, je m’attends à un jeu fabuleux, et je pense que ce sera l’argument qui me fera pencher vers l’achat (inévitable) d’une PS3 dans un futur proche mais incertain.

Un détail a particulièrement attiré mon attention : les tatouages du héros, petit bonhomme présentant un furieux air de famille avec Ico. Dans mon souvenir, ce dernier n’avait pas de tatouages, pas plus que Wanda, de Shadow of the Colossus. Je me demande ce qui a motivé cet “ajout”. Le fait de pouvoir le faire, avec du détail, grâce à la puissance de la current-gen ? J’aimerai pouvoir y trouver une signification plus poétique.

tattoo

Ayant été sensibilisé (sans être tout à fait convaincu) au thème du tatouage récemment par une amie de passage -  jusqu’alors j’assimilais cette pratique à de sombres motifs pseudos-gothiques déprimant et/ou moches, du kitsch de roadie ou des clichés de biceps de marins gays – j’avoue placer quelques attentes dans cet infime détail, y cherchant un background potentiel.

Et il faut aussi avouer qu’il est très joli, ce tatouage (et que le p’tit gars a du en chier vu sa complexité et la surface qu’il semble recouvrir).

Rétro Barbare

Posted in Jeux Video, vidéos on juin 8, 2009 by nikobo

Les barbares en slips sont si pathétiquement laids qu’ils forcent l’indulgence. Mais leur ridicule qui fut jadis à la mode (le temps d’une petite semaine j’imagine) fit beaucoup de mal au monde du jeu-vidéo. De nombreux prototypes de designs invendus de Conan se virent confier le premier rôle dans des jeux logiquement plus tournés vers le hack’n slash que le coaching cérébral. Si on peut retenir quelques bonnes petites boucheries sympatoches (à la Golden Axe pour ne citer que lui), je garde un souvenir douloureux d’une majorité de titres illustrant ces gros tas de viandes gorgées de testostérone…

Pourtant je reste indulgent envers ces braves brutes épilées. Il y a un coté attendrissant à voir ces gros bébés mouliner “rah! roh!” de la bâtarde de 50kilos contre des sprites de l’enfer à l’allure de hiboux empaillés par un taxidermiste manchot.

C’est avec émotion que je suis retombé sur cet immonde jeu qu’est Rastan Saga II par exemple. Je l’avais découvert sur la NEC Pc-engine de mon cousin quand j’étais gamin, et tout de suite  la maladresse émouvante de Rastan m’avait touché. Handicapé par ses gros muscles, son sprite bouffi se débattait tant bien que mal à renfort d’animations ultra-raides, dans des tableaux trop étroits. Que ce jeu était mauvais… Mais pataud et si mal foutu qu’on avait envie de l’aimer, de lui trouver quelques qualités ou au moins de nobles intentions tant il n’avait rien pour lui.

Et sa musique……Aaaaah…cette musique…mélopée dissonante aux relents baroques crasseux, d’une laideur si insipide  qu’elle est restée à jamais gravé dans ma mémoire auditive.  Là où j’aurai oublié le simplement médiocre, l’outrageuse nullité de cette bande-son lui permet d’atteindre en mon coeur une certaine postérité…

Je vous laisse juge :

[E3] La Vieille République

Posted in Jeux Video, vidéos on juin 3, 2009 by nikobo

Je n’ai jusqu’à présent pas trop suivi l’E3, pas vraiment client du teasing racoleur des grosses machineries. Mais hier soir, le père Jangho , dans son infinie mansuétude de gros geek fini, m’envoya le lien du nouveau trailer du MMO Star Wars : The Old Republic.

Et ça a fait vibrer ma fibre nostalgeek comme jamais.

Je me suis rappelé ces tortures inhumaines que nous nous infligions avec le compatriote Pixoshiru, lors de soirée marathon à base de visionnage de la première Trilogie (VHS siouplé) d’une traite, suivi d’ un Trivial Pursuit de la galaxie très lointaine (« Echo 3  à Echo 7 »). Des beuglements de Chewie venaient troubler la quiétude tiède de la campagne Sarthoise d’une nuit d’été 1999.

Putain, 10 ans. (Athénaaaaa !!!!1!1)

Tout ça pour dire que ce trailer est très bien. Bien mieux que tout ce qui a été fait sur Star Wars depuis quelques années. J’y ai retrouvé l’esprit de la Force et pour un peu j’attendrai presque le jeu.

[ouii] Wii Music

Posted in Jeux Video on juin 1, 2009 by nikobo

La forme actuelle du ChokazBlog a fini par me lasser (ce qui explique en parti le vide de ces 2 derniers mois). En attendant un ravalement de façade complet et une réorientation éditoriale, je vous soumets quelques petites réflexions autour de l’étrange Wii Music.

Moi j’aime bien.

WiiMusic_Logo

Wii Music est une expérience intéressante. Proche d’un happening de jardin d’enfant. Sans autre forme d’interactivité que la gesticulation instinctive.

Je trouve ça reposant.

Le cerveau n’est que très peu sollicité, seules les oreilles et une certaine forme de sensibilité musicale coordonnent les mouvements. Pour peu qu’on ne cherche ou ressente pas le besoin d’éprouver un challenge, on s’oublie complètement à carillonner sans but sur des mélodies désuètes.

Je m’attendais à trouver une version plus étoffée du menu de sélection de profil de Super Mario Galaxy (je suis resté bloqué dessus une bonne demi-heure quand je l’ai découvert), et on n’en est pas loin. J’ai ressenti le même plaisir primitif à m’approprier une masse sonore, d’en malaxer la forme et le rythme sans risque de briser son harmonie (une fausse note serait comme une trahison du logiciel, comme si on pouvait casser sa voiture dans Ridge Racer, une aberration).

Le gros reproche que je ferais à ce jouet est de ne proposer que des musiques connues. Là où on s’abandonnait complètement à l’onanisme sonore dans le menu de SMG, sans idée reçue sur la mélodie initiale du morceau, dans Wii Music on est souvent influencé par  notre connaissance des  pièces de musiques populaires proposées. C’est pénible mais ça n’empêche pas d’apprécier certains arrangements.

La batterie est un ovni, d’une technicité masochiste par rapport au reste du logiciel. Je m’y amuse moins mais ça agace mon instinct de joueur si bien que j’y reviens souvent. C’est le seul secteur de l’application où je ressens une progression.

Cher et de piètre apparence, Wii Music est quand même une proposition qui gagne à être exploré. Très bien pensé, il pèche par quelques défauts (sons MIDI parfois peu convaincant, playlist poussiéreuse…), mais reflète bien le savoir-faire insolent de Nintendo en termes d’interactivité. Brillant sur le fond, il aurait pu être une grande réussite s’il s’était assumé comme un bac à sable musical total et non comme un jouet d’éveil consensuel.

[ouii] Jack in the box

Posted in Jeux Video, photos avec des tags on mars 27, 2009 by nikobo

photo0112

Amusante version presse de Madworld, percée d’un pic métal ensanglanté, avec un vrai trou dans le plastique et une gerbe de sang séchée collée sur la face.

photo01151

La même en pleine séance d’aérobic.

We can be heroes

Posted in Jeux Video, Soit dit en passant... on janvier 15, 2009 by nikobo

Bon, c’est pas du tout frais (ça a bien 4 ou 6 mois je pense), mais je viens de retomber dessus dans le classement des finalistes de l’Independant Game Festival 2009 dans la catégorie bizarre de l’Innovation Award.

Le jeu s’appelle ‘You have to burn the rope‘. Et porte bien son nom.

yatbtr

Je vote pour. Et je vais surement passer la matinée avec la musique du générique de fin dans la tête…Mais je poste sur ce jeu aujourd’hui pour faire écho à un article d’hier du site Overgame concernant un brevet passé en douce par Miyamoto himself, profitant de l’été pour glisser des oursins dans les caleçons des gamers pendant qu’ils ont la tête dans le sable.

Pour résumer, imaginez un jeu où vous n’êtes plus obligés de jouer pour arriver à la fin. Où vous n’avez pas à apprendre et maîtriser les règles du jeu pour sauver la princesse ou manger votre cake. Un jeu où vous n’avez plus à jouer pour jouer avec le jeu… Bref, le brevet suppose de pouvoir enclencher à tout moment un pilote automatique qui jouerait à votre place, ou un guide d’aide qui prendrait le joueur par la main pour lui faire traverser les clous (ou les piques).

Je suis à la fois pour et contre ce genre d’idée saugrenue (ça mérite bien un adjectif aussi laid).

Je suis contre dans le sens où, comme le prouve brillamment ‘You have to burn the rope‘, le plaisir que procure un jeu n’est pas lié à sa conclusion. Ce petit foutage de gueule révèle bien la vacuité d’une telle conception. De plus, je ne vais pas réécrire les théories, mais sans contraintes, le cerveau s’ennuie.  (et comme le dit Monsieur Braid : “Si, pour que plus de gens puissent jouer, nous avons besoin de rendre les phases de jeu optionnelles, alors notre médium ne vaut rien.”)

Je suis pour pour d’autres raison. Quand je serais vieux et que mes réflexes seront émoussés au point d’être incapable de finir le premier niveau de Kirby’s Dream Land, comment survivre à la frustration de ne plus pouvoir sauver le monde ? Cette option, envisagée comme le mode 3ème Âge, permettrait aux vieux geeks que nous deviendront de continuer à se nourrir de leur vice préféré, jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare.

old_gamers

Pixel Blues

Posted in Jeux Video, Soit dit en passant... on janvier 12, 2009 by nikobo

kekepage3

Parfois, la flamme tiédie.

On ne peut pas dire que ça soit la désillusion. Pas déjà. Il n’y aurait aucune raison d’ailleurs. Mais, ces symptomes de lassitude, de blase rentrée et de mélancolie passéiste sont tout de même révélateurs d’un mal bien plus sournois que le classique blues hivernal (qui ne touche que les grognons qui manquent d’imagination : une aube glacée vaut son pesant d’après-midi moites insipides).

Je suis donc depuis peu victime d’un mal fourbe. Un mal bénin, mais pénible.

Je n’exulte plus sur les jeux vidéo.

Certes, j’ai déjà traversé des périodes bien plus noires dans ce domaine, tributaires d’une actualité moribonde (je pense au creux de 2003-2004), mais l’origine se trouve aujourd’hui beaucoup plus personnelle.

En effet, j’ai bien l’impression que mon oeil est corrompu par ma fonction. Moi qui d’habitude exulte en faisant rugir mes émotions les plus puériles (j’aime jubiler), mon esprit critique les réduit au silence en leur plaquant l’équivalent mental d’un mouchoir imbibé de chloroforme sur la face. Je le trouve de plus en plus présomptueux, ce petit péteux d’esprit critique qui se permet, par exemple, de me gâcher le plaisir de découvrir Fable II.

Il fut un temps où j’aurai passé des nuits entières à parcourir Albion, faisant fi des incohérences, des bugs et des choix  de design arbitraires. Désormais je bute. Je me prends les pieds dans les malformations d’une oeuvre respectable mais imparfaite. Et je m’étale dans la vase de l’ennui. Ne continuant que par esprit de contradiction avec mes à priori critiques, et par volonté de me forger un avis en connaissance de l’ensemble, et non d’une petite fraction de produit.

Ce que je viens d’écrire pourrait passer pour du snobisme nauséabond. Mais il n’en est rien ! C’est un réel malaise. Je suis victime d’une overdose de détachement. Moi qui ai tellement besoin de me nourrir d’imaginaire, cette faculté se trouve polluée par les ambitions d’analyse de mon double game designer.

Seuls deux jeux arrivent en ce moment à me sortir de cet état de torpeur. Megaman 9 et GTA IV. Megaman 9 remue en moi des souvenirs d’enfance, et n’englue pas mes rouages critiques tant son game design est à la fois transparent, pur et assimilé par l’industrie depuis 20 ans. On est chez soit, on fait pas de manière.

GTA IV (comme je l’ai dit plus tôt) me sort du cadre ludique (dans son sens ‘challenge’) et me met dans la peau d’un explorateur de système ; d’un enfant au dessus d’une fourmilière. Je n’identifie et ne cherche pas à identifier ses constantes de gameplay qui m’intéressent peu, seule la densité du bocal virtuel qu’est Liberty City m’incite à en explorer les richesses.

Et pourtant je joue… Fable II, Mirror’s Edge, Wow (même si c’est un peu différent), FSR, Rockband…je me gave encore et encore, machinalement. Mais je n’y prends pas de plaisir. J’en apprends certainement beaucoup, je le sens quotidiennement. Je ne me suis jamais senti autant en phase avec mes concepts ; j’arrive presque à les formaliser dans des phrases construites (exploit). Le détachement que j’ai acquis est pour beaucoup dans la sérénité avec laquelle je peux avancer dans la jungle du game design, hachant de l’évidence sans sourcilier, assaillit de poncifs de toute part (tout est dans le regard, dés qu’on les fixe : ils fondent). Je pense m’en sortir plutôt bien, et c’est une grande satisfaction. Mais le prix est cher à payer…

(la prochaine fois, parce que je sais bien que ça vous passionne, je vous raconterai comment je me soigne. Voila qui s’annonce positivement palpitant !)

[GTA IV] La Classe Américaine

Posted in Jeux Video, vidéos on décembre 22, 2008 by nikobo

Quand on joue à GTA IV, on consulte notre “sur”monde.

En analogie avec le concept de tonton Sigmund, le surmonde serait cette espèce de monde synthétique, où tout est icône ; tout est standardisé selon des codes construits dans un unique souci d’efficience, seule loi cruelle et froide de cet univers.

GTA est une vitrine sur cette entitée nauséabonde et enivrante qu’est le surmonde. GTA est surfait ET profond. Seule une infime portion de son public l’explorera avec le regard d’un archéologue du présent. Le reste roulera à tombeau ouvert dans des rues floues écrasant des polygones en écoutant du gros RnB.

Ce qui est le plus étonnant et louable, concernant ce GTA IV, c’est la volonté assumée de ses créateurs de ne pas en faire uniquement ce jouet hype et désuet qu’on nous décrivait dans les magazines comme l’ultime sand-box immorale et défoulante. Le premier trailer diffusé au tout début de la campagne de com’ en est une allusion flagrante : son vocabulaire est celui du biopic noir sous fond de documentaire détaché sur la déchéance du mythe capitaliste (aussi appellé rêve américain).

Quand je joue à GTA IV, je suis dans Koyaanisqatsi. Je n’incarne pas Niko Bellic, je dirige une marionnette sans fil dans un univers ; miroir cruel et onirique de notre monde. Je créé un film documentaire sur cette instance du réel emprisonnée dans cet objet vidéoludique (qui me redonne foi en une certaine forme de magie que je pensais disparue : faire tenir un monde dans un DVD, c’est possible). A titre d’exemple, les trajets en taxi sont une source d’emerveillement constant : les absurdités de comportements des IA produisent parfois des réactions plusqu’humaines, il y a toujours un détail qui accroche le regard, un panneau lumineux, le reflet d’un passant qui échappe son soda et se met à hurler et s’enfuir en courant comme s’il s’était renversé de l’acide sur le futal…bref, je suis dans une savane urbaine familière et éxotique, à la logique primitive et tarée, en plein safari ludique.

Omagad, quel pied.

[ouho] Jour Hun

Posted in Jeux Video, ouho on décembre 9, 2008 by nikobo

Ces dans des petits moments très spéciaux que se niche le plaisir de parcourir Azeroth. Des événements anecdotiques mais surprenant qui viennent briser d’un coup la monotonie d’un gameplay routinier.

Je hachais du Murloc près du Lac de Cristal de la forêt d’Elwynn, en chiant modérément du fait du mon inexpérience et de ma relative lascivité après une journée de taf un peu lourdingue. J’ai d’ailleurs plusieurs fois du faire le trajet cimetière-cadavre en râlant tant j’avais du mal à gérer les « zone d’agressivité » des bestioles.

Un Murloc est très (très) con.

Un village de Murloc, c’est comme un super U le samedi après-midi ; ça grouille et ça se rentre dedans, ça pousse des cris hideux et c’est très agressif.

On se sent très seul face à ça, la nuit dans les marécages, avec son petit niveau 7 et son équipement en papier-crépon.

Je fus surpris, un moment, de voir soudainement apparaître un gros chevalier, imposant et somme toute assez majestueux, derrière le Murloc qui me posait problème (ce fourbe venait de se guérir, me laissant envisager un énième trajet spectral). Il lança alors un espèce de sort/passe d’arme impressionnant (pour mes petits yeux de newbie) et pulvérisa la créature dans une gerbe pyrotechnique à faire ramer la machine.

Ouah !

Puis, entama une petite dance ridicule, et s’enfuit en trombe, tout en redevenant invisible.

Ah.

J’ai croisé pas mal d’autres énergumènes au comportement louche.

A chaque fois, la sensation d’être observant/observé dans un mode de référence étranger et caricaturale était assez forte et curieuse pour focaliser complètement mon attention et m’immerger puissamment dans le système. Des détails très bien pensés font bien ressentir le fait que tout est conçu pour valoriser l’immersion et la fusion de son égo avec son avatar (le simple fait que celui-ci se torde le cou dans la direction pointée par la caméra, informant ainsi les autres joueurs de ce que l’on observe, est représentatif de ce parti-pris).

J’ai aussi pu faire un petit trajet en griffon, pouvant admirer la beauté et la variété de l’univers  vu d’en haut ; en m’extasiant sur la qualité de l’optimisation et l’ingéniosité du style et de la composition des décors.

Après, je suis allé à Hurlevent, capitale du monde Humain. Mais la grandeur de la cité m’a contraint à en repousser l’exploration pour une prochaine session…