Je continue mon exploration de l’œuvre de Marc-Edouard Nabe. Après m’être farci les tomes 1 & 2 de son journal intime (miraculeusement trouvé – car plus édité – à la médiathèque de Marseille, l’avantage des grandes villes), qui font quand même plus de 1400 pages chacuns en petits caractères, j’ai fait une pause sur un bouquin plus léger (en nombre de mots) “Visage de Turc en pleurs“.
Un passage, je n’ai aucune idée de pourquoi, m’a particulièrement frappé. Je le recopie ici :
J’ai toujours eu la foi, ou plus exactement les fois, une multitude de fois. Puis je me suis aperçu, tout bonnement, que toutes ces fois n’en formaient qu’une. Tout le monde croit en Dieu. Dés qu’on dit : ” C’est pas un hasard “, on est croyant.
La “Foi”, moi, je n’y crois pas. C’est trop flou. C’est comme l’extase : certains – qui ne l’ont jamais ressentie – voient ça comme un abandon plus ou moins déliquescent de la conscience, alors qu’il s’agit – vous pouvez me croire – d’une lucide plénitude de tous les instants. Ainsi la ” révélation ” est bien superflue, en tout cas elle ne dispense personne de vivre sa foi. L’important n’est pas de ” croire en Dieu “. Laissons ces vulgarités aux protestants, ce sont eux qui ont inventé la croyance. Au Moyen Age, l’air qu’on respirait était religieux. Tout a été pollué par les humanistes, puis par les Lumères qui sont le véritable obscurantisme. Se demander si l’on croit ou non est aussi ridicule que de demander à une femme si elle est faite pour avoir des enfants.
Avoir la foi…est une phrase suspendue qui n’a pas besoin de s’achever en ” Dieu “, c’est-à-dire dans le vide. Croire, croire en quoi ? En Dieu…Avoir la foi…En quoi ? En rien, en tout, avoir la foi, c’est tout.
Marc-Edouard Nabe , Visage de Turc en pleurs, 1992
Je trouve ça brillant. Je ne sais pas si je suis d’accord, mais j’admire vraiment la clairvoyance et la pertinence de l’analyse et du point de vue. Ça me semble sensible et juste.
Les journaux intimes de MEN sont aussi de vastes plages de mots où percent des pensées fulgurantes, qui chroniquent la vie d’un type qui vécu dans le sillage de certains de mes héros (tels Choron, Cavanna, Siné…) et de grandes figures de la fin du XXème siècle (d’immenses Jazzmen à de grands cinéastes disparus en passant par des écrivains et proches d’écrivains fabuleux).
A coté de ça, je lis “Les Martiens“, de K.S.Robinson, qui fait “suite” à la Trilogie Martienne (Mars la RVB), plusieurs petites nouvelles éparpillées sur la vaste chronologie de la trilogie, où l’on retrouve quelques petits récits de guests comme les Cents Premiers, certains des Issei et Nisei ou différents colons, parachevant l’édification de cette immense fiction prospective d’une érudition phénoménale.
Pffiou, en bref, je me gave. Et c’est de la bonne.
Parfois, je suis complètement dépassé par les collisions qui interviennent dans l’univers de la pop-culture. Mais quel plaisir de voir un feu d’artifice naître de la rencontre de deux étoiles de mon firmament personnel !
J’écoute depuis quelques temps l’album 1.Outside de David Bowie. Qui est fantastique. Je le redécouvre, presque 10 ans après ma première confrontation, et j’y retrouve la qualité immersive que pouvait avoir le bonhomme du temps de Ziggy, de sa trilogie berlinoise, ou de son très bon mais très seul ‘Heathen’. Cet album est vraiment un disque-univers, peuplé de personnages étranges dans un monde prospectif tordu, de compositions entre NIN, Prodigy et le Bowie halluciné de Lodger, et des paroles énigmatiques étendues sur le fil d’une voix acrobate. Ce qui est dingue avec Bowie, c’est que ces meilleurs disques (à mon goût, car son œuvre est trop vaste pour que je m’y aventure sans m’y perdre parfois…) arrivent à me happer complètement. Je ne pense plus pareil pendant la durée de l’album. Quelque chose change.
Donc, je suis en plein Bowie-Trip ces derniers temps. A coté de ça, je me suis mis à lire les Sandman de Neil Gaiman. Et parmis eux, je suis arrivé en particulier sur ceux illustrés par Yoshitaka Amano. Que du bonheur. J’étais déjà sensible au talent de ces deux messieurs, qui, combiné, fait des merveilles.
Ehben v’la t’y pas que je viens d’apprendre que ces deux fripons avaient réalisé une histoire à propos de deux célébrités dans un New York fantastique et futuriste. Histoire intitulée “The Return of the Thin White Duke”. Eh oui.
Le Thin White Duke, incarnation la plus sombre et inquiétante de Bowie.
C’était l’époque où, de son propre aveux, Bowie vivait de coke, de lait et de poivrons rouges (bordel, c’est tellement dégueu…la drogue réduit vraiment a des atrocités inhumaines).
Les deux artistes se sont donc emparés de l’image de la rockstar pour en faire une sorte de héros (ben tiens) fantastique. Sans trop forcer… Bowie est un matériau plutôt facile à “icôniser”, ayant joué sur toute les nuances de la gamme durant sa longue carrière.
Malheureusement, j’ai eu beau fouiller le net, il me manque du skill pour décrocher mon doctorat en archéologie de l’interwebz…J’ai juste pu glâner sur le site d’Amano quelques images de ses peintures, mais impossible de mettre la main sur un bout de l’histoire d’origine, qui semble pourtant ne dâter que de 2006.
Depuis quelques jours, je joue à un jeu vidéo sur Nintendo DS. C’est un jeu d’aventure assez spécial, au destin compliqué et au géniteur fou dans sa tête.
Flower, Sun and Rain ~Murder and Mystery in Paradise~ est un jeu créé par Goichi Suda (Suda51), auteur à qui l’on doit entre autres Killer7, No More Heroes et The Silver Case. Ce dernier n’est sorti qu’au japon sur Playstation, peu avant Flower, Sun and Rain, et il semblerait qu’il suive le même destin en étant adapté sur DS. Car FSR est ENFIN jouable en anglais/français ! L’étrange idée qui a poussé un studio à reprendre FSR pour le porter sur DS est peut-etre liée à la vague de hype qui commence à entourer le bonhomme Suda. Pour l’instant, bien que profondement amoureux de Killer7, je reçois avec beaucoup de reserve les propos emphatiques du monsieur, s’autoproclamant game-designer Punk…le coté provoc’ du dimanche m’inquiète un peu, mais je ne peux pas tourner le dos à un type capable de me faire accepter qu’une gamine décapitée dans un sèche-linge m’envoie des smileys en tenant une bague de feu dans la bouche.
Bon, sinon FSR est moche. Sur PS2, il y a 8 ans, il l’était déjà, et la DS n’arrange pas les choses.
Mais qu’est-ce qu’on s’en fout…Au début, j’ai eu peur que ça m’empêche d’apprécier l’expérience. Pas du tout finalement ; ça donne même un cachet désuet à la représentation qui passerait presque pour une profession de foi ; “ce n’est pas ce qui compte”.
L’habillage et le sound design m’ont complètement envouté, et je me suis fait avaler par l’univers tordu du jeu avec un petit sentiment de nostalgie : on sent déjà poindre des thèmes chers à l’auteur (qu’il n’aura de cesse de creuser par la suite dans ses différents projets). Le gameplay est d’une pureté et d’une frontalité qui rend mal à l’aise tant les mécanismes du jeu d’aventure sont alors mis à nus, jusqu’à l’os. Je n’en dis pas plus, mais finalement depuis quelques jours, je ne fais que lire des lignes de textes et entrer des séries de chiffres dans une valise qui s’appelle Catherine.
Posted in Cûltûre, photos on septembre 16, 2008 by nikobo
J’ai découvert hier sur l’excellent blog Design Spartan un artiste vachement doué. J’avais du parcourir d’un oeil très distrait les posts de début Août pour passer à coté de ce joyau. J’ai presque honte de me rendre compte plus d’un mois après de ce que j’ai failli manquer… La simplicité et l’efficacité de l’idée, la qualité et la poésie des ambiances, la richesse et la fraîcheur de l’imaginaire (ça sent le mushi et le totoro tout de même) ; ça aurait été dommage de passer à coté d’un nouveau fournisseur de came visuelle d’aussi bonne qualité.
Enfin je vais me rattraper en partageant ma sélection de photos de ce jeune russe (j’ai cru comprendre qu’il avait dans les 21 ans).
C’est joli hein ? Le type s’appelle Dmitry Maksimov, il est doué et il a un blog.
« Messeigneurs de la Frime, bonsoir ! Puisque nous nous connaissons, pour beaucoup, laissez moi écourter la chamarre et assourdir les violons ! Sur ce gradin en face de vous, rasés de frais, la mèche en vrille et la chemise en vrac, est placé tout à trac – en guenille pour les meilleurs, pour les autres en haillons – la poussière du désert, ou pour mieux dire : sa coagulation…
Ils sont l’orage marcheur ! Ils sont la foudre lente ! Ils sont de l’horizon les vingt-trois éclats de verre, les copeaux bleus et les tessons – j’annonce et vous présente, hirondelles et damoiseaux, nobles éologues et porte-drapeaux, la légende de cette terre : la Horde du Contrevent ! »
Moi ça me fait un frisson dans le dos. Il écrit bien ce con…
Tout de démesure, de lyrisme et d’ambition, le bouquin ‘La Horde du Contrevent’ d’Alain Damasio est – au point où j’en suis du récit – un coffret ocre et sauvage contenant une puissance furieuse qui s’échappe à chaque lecture en torrents de verbe chargés d’effluves mystiques et aventureuses, de sueur, de bave, de larme, de foutre, de pisse et de sang ; toute la mélasse de vie, mêlés dans le tourbillon des Vents. Et c’est beau.
La Horde contre. Elle parcourt le monde à rebrousse-vent en quête de son origine. Son périple nous est conté à travers les témoignages morcelés de ses vingt-trois membres.
Nourri par un imaginaire d’une puissance impressionnante dans une langue française admirablement maîtrisée, l’auteur se permet de fantastiques pirouettes descriptives, de brouillages de sens, nuances et glissements lexicaux absolument exquis. C’est savoureux, ça crisse, ça ronge l’esprit en y imposant ses nouvelles règles, ses nouveaux horizons. Pour l’instant l’expérience est très TRES plaisante.
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Ceci par exemple est la transcription d’un Furvent, une tempête extrêmement violente. La ponctuation sert aux Scribes pour tenir des « chroniques » des vents traversés, où chaque brise significative a son symbole. Ils noircissent ainsi des pages et des pages de carnets, emmagasinant des schémas et un savoir sur la structure du Vent et son aérorythmie.
Je retrouve parfois le goût des tempêtes de sable d’Arrakis, mais l’épice de la Horde, son moteur et son fléau est le Vent. C’est carrément passionnant.
Aaaah God of War…Je saisis l’occasion d’avoir tout juste recommencé le deuxième volet des aventures de tonton Kratos en mode Divinité (aïe les pouces) pour rédiger une compile de tout ce que je peux et aie pu penser de bien sur cette merveilleuse série (merveilleuse dans le sens vachement bien, pas dans le sens petites fleurs dorées et écureuils mignons).
God of War ou La Violence pour un peu moins de 70 euros (neuf)
Contrairement à pas mal de monde que ça choque, ou indiffère, je trouve bigrement intéressante la violence gratuite, juste pour le plaisir, qui caractérise les aventures sanglantes de l’ami Kratos. C’est extrême, cruel, ça brutalise la rétine, et nos neurones impressionnables car embués des larmes hypocrites de “la juste cause”…Mais il n’y pas de juste cause, de vengeance, de rancœur, qui légitime le meurtre… et Kratos le sous-entend dans sa poursuite autodestructrice de sa revanche contre les Dieux, les Hommes (et ce qui respire en général). Il se bat parce qu’il ne sait faire et n’a été créé que pour ça. Kratos est, d’un certain coté, beaucoup plus sain avec sa violence frontale, sa cruauté totalement désintéressée, bestiale, sauvage, instinctive, que les scènes de meurtres et destructions organisées en visée nocturne du haut d’un bombardier dans Call of Duty 4 (jeu par ailleurs excellent, bénéficiant de plusieurs niveaux de lectures, j’en causerai surement prochainement…). Dans les jeux de guerres lambdas, la violence est instrumentalisée par une cause, on nous la justifie en désignant clairement un (il ne manque plus que le panneau : ) Méchant, un pourri qui ne mérite surement pas de vivre…ce n’est qu’un sale prétexte pour faire jubiler nos bas instincts (mission principale du jeu) sans choquer notre petite conscience. Kratos, lui, assume complètement cette mission (nous faire jouir dans l’hémoglobine), et s’adonne dans la joie et les tripes, à sa boucherie dansante, désespérée et caricaturale sans aucuns scrupules et juste pour notre besoin de défouloir.
Certes, il y a d’autres moyens de se défouler ; torturer des fourmis, jeter des cailloux sur des voitures… mais Kratos est tellement plus pire.
« Je ne suis pas revenu pour vous ! »
L’histoire dans God of War n’est là que pour deux choses :
D’une part, créer un personnage. Mission qu’elle remplit parfaitement tant Kratos crève (aussi) l’écran. Cette masse d’instincts primitifs et bestiaux, à l’âme brisée par une tragédie sanglante, est superbe dans sa posture de héros mythologique rustre et brutal. L’image d’un gros rocher rugueux tout en haut d’une colline, n’attendant qu’un petit coup de pied sur le flanc pour dévaler la pente et tout ravager sur son passage illustre bien ce qu’est le personnage au début du premier God of War. Pour lui, et j’emprunte là une image copyrightée Terry Pratchett (à propos des Grands Dragons) “ce qui se rapproche le plus d’un ami, c’est un ennemi encore en vie.”.
Deuxième mission de l’histoire : structurer un level-design et une progression de la difficulté. Ce n’est pas un moteur qui pousse le joueur à continuer pour tenter de répondre à des “pourquoi, comment ?”. Dans God of War, la violence et la barbarie structurent tout choix (qu’ils soient esthétiques, de gameplay, de son, de scénario…) et l’histoire est un outil structurant cette expérience de jeu dans le temps. Elle est là pour justifier les différentes respirations de gameplay (temps « morts », temps forts, QTE, boss…). Ce n’est pas dévalorisant car c’est un rôle crucial, qui, s’il n’est pas correctement remplit, invalide toute sensation de cohérence et d’aboutissement.
De plus le détournement qui est fait de la mythologie Grecque est très intelligent, respectant la perversité et l’imperfection des Dieux antiques tout en apportant une nouvelle lecture de la cosmogonie, mêlée à des thèmes modernes (les hommes ballottés au grès des querelles entre leurs dirigeants intouchables, chairs à canon serviles et aveugles, le lien entre Divinité et Technologie…).
Bitzèmol
La “violence pour la violence”, telle qu’elle est proposée par Kratos, est dans son approche totalement liée au gameplay. Elle sublime la sauvagerie, l’habille d’une chorégraphie improbable et d’effets chatoyants, tout en avilissant son héros (au rythme d’une histoire, donc), le rabaissant à son rôle de machine à hacher du vivant (sans distinction de bons ou mauvais), tout en le hissant au rang d’icône ; donc intouchable par une quelquonque morale. L’outil Kratos, n’est qu’une catharsis d’un penchant inné pour la violence gratuite qui se cache plus ou moins en chacun de nous, restituée dans son expression la plus pure.
Concernant les musiques, elles sont…comment dire…tonitruantes, et judicieusement composées. Pour pousser plus loin l’esthétique « bourrine » du jeu, les concepteurs auraient pu tomber dans la facilité et choisir…hmm…par exemple, du Metal ? Mais le heavy-metal dans un jeu à ambiance antique, on y a déjà eu droit avec Prince of Persia -Warrior Within, et j’avais trouvé ça franchement indigeste (aussi jurant qu’un pull-over à motif pied-de-poule sur un Metal Gear Ray). Les développeurs de God of War en tapant dans l’épique(…) ont choisi la cohérence ; les vrombissements des cuivres nous rappellent les charges militaires ou autres chevauchées des Valkyries (sommes toutes, des Odes à l’Amour) et portent magistralement les pirouettes sanglantes du Spartiate en sandales..
En somme, God of War est une des rares œuvres vidéoludiques à être tout à fait honnête avec le client. Il assume effrontément son parti pris original, ne prétend rien d’autre, et s’offre tout entier au joueur, saveur intégrale.
Dans un futur lointain et apocalyptique, deux êtres se battent pour survivre…Deux héros fiers et solidaires, beaux et braves, en lutte contre les forces du Mal.
En fait non.
Aachi & Ssipak est un animé d’une heure et demi des coréens Jeong Hye-Won et Jeo Bom-Jin qui parle de caca.
Oui oui.
L’univers où se passe le film est caractérisé par une valorisation à outrance de nos banals étrons ; en effet une puce électronique est implantée à la naissance dans le trou d’balle de chaque individu, et va dés lors comptabiliser sa productivité excrémentielle de manière impartiale tout au long de sa vie. Car toute l’économie de cette étrange société est basée sur la Sacro-Sainte Merde qui permet d’alimenter en énergie toutes les technologies nécessaires à une vie décente (de type XXIème siècle crasseux). Ainsi, une juste rétribution est allouée à chaque c(h)itoyen accomplissant avec générosité son devoir civique (chier) : à chaque étron offert à la communauté, il reçoit une petite glace bleue aux vertues euphorisantes et profondemment addictives.
Il est important de savoir que ces “glaces bleues” sont l’objet d’un marché noir extrêmement lucratif. Et qu’elles constituent la seule nourriture d’un peuple de gnomes mutants bleus, humains dénaturés par la consommation de cette drogue.
Aachi et Ssipak sont deux petites frappes un brin loser évoluant dans tout ce merdier.
Voila pour la petite histoire (Je laisse aux théoriciens amateurs et liseurs entre les lignes motivés le soin de décrypter le message socio-corrosif se cachant dans le derrière de l’oeuvre. J’ai mes idées, mais ne gâchons rien…)
Cet animé Coréen n’a rien a envier aux délires audiovisuels de ses voisins Nippons. D’une réalisation absolument magistrale, c’est un geyser d’images à haute pression qui vient nous tapisser les rétines tandis que nos tympans sont submergés d’effets sonores et de musiques frénétiques. Proche d’un Dead Leaves par son délire graphique et son propos psycho-scato-politico-vrillé, voila un film qui en jette. Loin d’être juste une farce crétine et hurlante, il est jalonné de références cinématographiques et de morceaux de pop-culture, tout en flirtant entre parodie et expérimental. Sous ces dehors idiots et jubilatoires, nous sommes en face d’une oeuvre intelligente et lucide, totalement en phase avec les préoccupations de son époque.
Bref, un bon divertissement pour les sens, et de la bonne nourriture pour le cerveau (de plus de 18 ans ^^).
Posted in BD, Cûltûre avec des tags manga on mai 18, 2008 by nikobo
Les éditions Tonkam présentent…
Je viens de finir le premier Tome de “La vie de Bouddha” d’Osamu Tezuka et je suis littéralement béat. Béat d’admiration pour le talent incroyable de ce conteur prolifique. Aussi variée que peut être son oeuvre et aussi déficiente que soit ma culture ; je n’avais jamais entendu parler de cette série de mangas retraçant la légende de l’éveillé. Je suis tombé dessus au hasard de mes errances à la médiathèque d’Aix hier après-midi et j’ai été d’abord étonné de voir un Tezuka dans ces étagères plus encombrées de Bleach ou HunterXHunter que de véritables classiques. Alors bon…on verra bien…
Oh la bonne idée que j’avais eu là !
Pendant un temps, j’ai lu pas mal de trucs sur le Bouddhisme. Par curiosité pour une religion qui n’en est pas vraiment une ; quelque chose de singulier, que ma conception de petit occidental tout imbibé de culture judéochrétienne avait du mal à appréhender. Aussi parce que le Japon, qui me fascine, est lui-même imprégné de Bouddhisme jusqu’à la moëlle de ses temples merveilleux que je verrais un jour (si).
Dans cette période d’investigation spirituelle, un indispensable ami, prophète à ses heures, m’avait prêté un livre : “Sur les traces de Siddharta” de Thich Nhat Hanh (maître Bouddhiste vietnamien réfugié en France et écrivain). Ce bouquin très malin retrace sans mysticisme ou autres sermons indigestes la vie du prince Siddharta, qui deviendra suite à un régime à base de racines, d’eau froide et de selles douloureuses, le Bouddha (en même temps qu’un excellent personnage de roman). Sur le modèle du périple initiatique, il propose une description pas à pas de la naissance d’un être éveillé. *
C’est donc en croisant mes souvenirs de ce livre (je te le rendrais Chouix, je l’ai toujours, désolé ^^) que je me suis plongé dans la lecture du manga de Tezuka.
Ehbien le point de vue n’est pas du tout le même…Tezuka adapte la vie du Bouddha à son roman graphique en prenant la voix du lyrisme, de l’épique et du fantastique. Mais comme toujours chez le Maître, l’agitation et l’humour (il y en a beaucoup) se mêlent au tragique (contrastant puissamment avec le trait relativement naïf de Tezuka) et au sensible. Les personnages sont extrêmement fins et attachants. Ils ont une vraie densité qui tend les fils de la narration à mesure qu’ils se téléscopent au grés des evènements. Et les valeurs mystiques coagulent leurs destins, dévoilant la trame cyclique et harmonieuse qui régit l’Univers Bouddhiste.
J’ai hâte de lire la suite !
* Je ne peux pas m’empêcher de vous décrire dans quelle situation je me suis retrouvé à lire ce bouquin…
J’étais alors en plein job d’été, emploi saisonnier ingrat et indispensable, où ma tâche consistait à ramasser 16546 tonnes de pommes Gala (les rouges, juteuses et collantes) par jour, en compagnie d’un soleil de plomb et d’une sacoche branlante à vider toute les 3 minutes dans une grande benne puante sans se faire choper par les guêpes. Je prenais ma pause de midi au bord d’une petite rivière, sur des berges désertes, au fin fond d’un chemin oublié. Complètement cramé et fourbu, j’avalais en speed un jambon-beurre-cornichon puis m’attablait face au bouquin, au pied d’un superbe peuplier très vieux et très grand. C’était puissant, j’entrais dans le récit avec un bonheur salvateur, et respirait la sagesse qui s’en exhalait en harmonie totale avec la quiétude qui m’entourait.
Jusqu’à ce que mon vieux Nokia se mette à geindre, car j’étais en sursit : les pommes n’attendent pas.
The Books est un groupe de musique New Yorkais constitué du bidouilleur de samples Nick Zammuto et du violoncelliste Paul de Jong. J’apprécie énormément leur univers au swing soyeux et velouté, récupérant la matière sonore traînant un peu partout pour l’organiser en petites mélodies à la respiration jazz.
Je vous soumets ici trois pistes extraites de leur dernier album : “Music for a french elevator“.
Charmant, non ? La sonorité “française” doit vraiment fasciner au delà de ce que je peux imaginer…bien que ça soit réellement agréable, ces enchaînements de “potage”, “café-crême”, prononcés par un vieux 45-tours de ‘Méthode d’apprentissage du Français en 30 jours’ sur un fond de ballade jazzy.