[God of War] Grand gore malade

Aaaah God of War…Je saisis l’occasion d’avoir tout juste recommencé le deuxième volet des aventures de tonton Kratos en mode Divinité (aïe les pouces) pour rédiger une compile de tout ce que je peux et aie pu penser de bien sur cette merveilleuse série (merveilleuse dans le sens vachement bien, pas dans le sens petites fleurs dorées et écureuils mignons).

God of War ou La Violence pour un peu moins de 70 euros (neuf)

Contrairement à pas mal de monde que ça choque, ou indiffère, je trouve bigrement intéressante la violence gratuite, juste pour le plaisir, qui caractérise les aventures sanglantes de l’ami Kratos. C’est extrême, cruel, ça brutalise la rétine, et nos neurones impressionnables car embués des larmes hypocrites de “la juste cause”…Mais il n’y pas de juste cause, de vengeance, de rancœur, qui légitime le meurtre… et Kratos le sous-entend dans sa poursuite autodestructrice de sa revanche contre les Dieux, les Hommes (et ce qui respire en général). Il se bat parce qu’il ne sait faire et n’a été créé que pour ça. Kratos est, d’un certain coté, beaucoup plus sain avec sa violence frontale, sa cruauté totalement désintéressée, bestiale, sauvage, instinctive, que les scènes de meurtres et destructions organisées en visée nocturne du haut d’un bombardier dans Call of Duty 4 (jeu par ailleurs excellent, bénéficiant de plusieurs niveaux de lectures, j’en causerai surement prochainement…). Dans les jeux de guerres lambdas, la violence est instrumentalisée par une cause, on nous la justifie en désignant clairement un (il ne manque plus que le panneau : ) Méchant, un pourri qui ne mérite surement pas de vivre…ce n’est qu’un sale prétexte pour faire jubiler nos bas instincts (mission principale du jeu) sans choquer notre petite conscience. Kratos, lui, assume complètement cette mission (nous faire jouir dans l’hémoglobine), et s’adonne dans la joie et les tripes, à sa boucherie dansante, désespérée et caricaturale sans aucuns scrupules et juste pour notre besoin de défouloir.

Certes, il y a d’autres moyens de se défouler ; torturer des fourmis, jeter des cailloux sur des voitures… mais Kratos est tellement plus pire.

« Je ne suis pas revenu pour vous ! »

L’histoire dans God of War n’est là que pour deux choses :

D’une part, créer un personnage. Mission qu’elle remplit parfaitement tant Kratos crève (aussi) l’écran. Cette masse d’instincts primitifs et bestiaux, à l’âme brisée par une tragédie sanglante, est superbe dans sa posture de héros mythologique rustre et brutal. L’image d’un gros rocher rugueux tout en haut d’une colline, n’attendant qu’un petit coup de pied sur le flanc pour dévaler la pente et tout ravager sur son passage illustre bien ce qu’est le personnage au début du premier God of War. Pour lui, et j’emprunte là une image copyrightée Terry Pratchett (à propos des Grands Dragons) “ce qui se rapproche le plus d’un ami, c’est un ennemi encore en vie.”.

Deuxième mission de l’histoire : structurer un level-design et une progression de la difficulté. Ce n’est pas un moteur qui pousse le joueur à continuer pour tenter de répondre à des “pourquoi, comment ?”. Dans God of War, la violence et la barbarie structurent tout choix (qu’ils soient esthétiques, de gameplay, de son, de scénario…) et l’histoire est un outil structurant cette expérience de jeu dans le temps. Elle est là pour justifier les différentes respirations de gameplay (temps « morts », temps forts, QTE, boss…). Ce n’est pas dévalorisant car c’est un rôle crucial, qui, s’il n’est pas correctement remplit, invalide toute sensation de cohérence et d’aboutissement.

De plus le détournement qui est fait de la mythologie Grecque est très intelligent, respectant la perversité et l’imperfection des Dieux antiques tout en apportant une nouvelle lecture de la cosmogonie, mêlée à des thèmes modernes (les hommes ballottés au grès des querelles entre leurs dirigeants intouchables,  chairs à canon serviles et aveugles, le lien entre Divinité et Technologie…).

Bitzèmol

La “violence pour la violence”, telle qu’elle est proposée par Kratos, est dans son approche totalement liée au gameplay. Elle sublime la sauvagerie, l’habille d’une chorégraphie improbable et d’effets chatoyants, tout en avilissant son héros (au rythme d’une histoire, donc), le rabaissant à son rôle de machine à hacher du vivant (sans distinction de bons ou mauvais), tout en le hissant au rang d’icône ; donc intouchable par une quelquonque morale. L’outil Kratos, n’est qu’une catharsis d’un penchant inné pour la violence gratuite qui se cache plus ou moins en chacun de nous, restituée dans son expression la plus pure.

Concernant les musiques, elles sont…comment dire…tonitruantes, et judicieusement composées. Pour pousser plus loin l’esthétique « bourrine » du jeu, les concepteurs auraient pu tomber dans la facilité et choisir…hmm…par exemple, du Metal ? Mais le heavy-metal dans un jeu à ambiance antique, on y a déjà eu droit avec Prince of Persia -Warrior Within, et j’avais trouvé ça franchement indigeste (aussi jurant qu’un pull-over à motif pied-de-poule sur un Metal Gear Ray). Les développeurs de God of War en tapant dans l’épique(…) ont choisi la cohérence ; les vrombissements des cuivres nous rappellent les charges militaires ou autres chevauchées des Valkyries (sommes toutes, des Odes à l’Amour) et portent magistralement les pirouettes sanglantes du Spartiate en sandales..

En somme, God of War est une des rares œuvres vidéoludiques à être tout à fait honnête avec le client. Il assume effrontément son parti pris original, ne prétend rien d’autre, et s’offre tout entier au joueur, saveur intégrale.

“Je me sens comme qui dirait au bord du burnout…”

3 réponses vers “[God of War] Grand gore malade”

  1. DarkNemo a dit :

    Comment pourrais-je ne pas te rejoindre totalement sur ce que tu écris, étant donné que God of War (premier du nom), que j’ai d’ailleurs tardivement découvert, a été pour moi l’une des expériences de jeu les plus riches et intenses !
    La violence gratuite, qui finalement n’est pas si gratuite que ça puisqu’elle sert une expérience de jeu désirée, ça a en effet du bon. Et pourtant, je suis le premier à dire qu’on fait trop de jeux violents, tout simplement parce que dans bon nombre de jeux la violence n’a pas de saveur et est, pour le coup, vraiment gratuite.

    Faut absolument que je me fasse le deuxième épisode de la série maintenant :)

  2. nikobo a dit :

    Oh oui alors ! God of War II, bien que moins équilibré que le premier (il tend grave vers la démesure totale, ce qui nuit un peu au plaisir de la montée en puissance, qui n’a pas vraiment lieu puisque tout est absolument excessif du début à la fin), pousse encore plus loin les bonnes idées et en trouve de nouvelles. Le scénario est un gros nawak bien cynique, bien cruel, avec un twist final complètement vrillé…pour l’instant je ne sais pas si c’est excellent ou absolument débile…peut-être les deux :p

  3. Léo (Ton couzz) a dit :

    Il est excellent ce jeux !!
    Mais, comme je vais avoir la psp a nowel, je voudrai avoir votre avis sur le Gos of War sur psp.

    Merci

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